Il m'a fallu cinq années pour comprendre ce que le tatouage me demandait. Ce n'était pas de la lenteur mais une préparation. J'ai pris ma première machine en 2015 dans un studio de walk-in toulousain, Biotek, une forge dense et sans ménagement, exactement ce qu'il fallait.
Puis six années en résidence chez Dekalcomanu, où mes mains ont appris ce que les mots ne transmettent pas : la maîtrise du full black, les modifications de machines, une vélocité d'exécution rare dans le métier et la rencontre avec des artistes du monde entier venant apprendre comment arpenter ce chemin. Ces années ont façonné ma rigueur autant qu'elles m'ont mise à l'épreuve d'une façon qui déborde le seul apprentissage.
En 2023, Montréal et le coven de Black Circle, un collectif de sorciers du blackwork aux univers radicalement singuliers. J'y ai marché des terres différentes, plongé dans des forêts qui ne ressemblaient à rien de connu, reçu des enseignements que je n'attendais pas. Le retour en Occitanie s'est imposé, non désiré. Toulouse, encore, connue mais lue désormais autrement.
Aujourd'hui je travaille en atelier privé, à La Brodancherie, après de personnes passionnées, sur rendez-vous.
Primal Black
Tout a commencé par une obsession : ce qui reste quand on gratte sous les cultures, sous les siècles, sous l'histoire visible. Il reste des signes, des marques sur les corps et les parois des cavernes, des motifs qui réapparaissent d'une civilisation à l'autre portés par des mains qui ne se sont jamais croisées, comme si certaines formes appartenaient à la mémoire souterraine de l'espèce.
Je travaille principalement avec les iconographies néolithiques, celtiques et pictes, non par esthétisme mais par conviction. Car en arpentant différents recoins du monde, on m’a rappelé que je ne trouverais pas ce que je cherchais ailleurs que sur mes propres terres. Ces cultures tatouaient comme on scelle un serment, comme on s'engage envers l'invisible.
Avant tout projet, je mène une longue recherche iconographique : sources archéologiques, symbolisme comparé, sens originel des motifs dans leur contexte d'origine. Ce travail ne se lit pas directement dans le tatouage, mais il est là, dans chaque forme, dans chaque décision, dans chaque zone de noir. Le style est radical, construit par des aplats profonds et des lignes texturées comme érodées par le temps. Pas de la nostalgie, quelque chose de plus tenace : une réactivation.
Le Primal Black est né en 2019, acte fondateur autant que pratique vivante.
Chemin Spirituel
Je chemine entre les mondes depuis l'enfance, sans que cela ait jamais demandé d'explication. Tarot et pendule d'abord, les symboles parlaient et j'écoutais. Puis le magnétisme, avant de pratiquer le reiki jusqu'au troisième degré, et depuis plus d'une décennie le chamanisme, ce fil ancien qui relie la terre, les ancêtres et les plans que l'œil ordinaire ne traverse pas. Une formation avec la fondation Harner (Foundation for Shamanic Studies) au Canada entre 2023 et 2025, après des années de pratique qui avaient déjà creusé leur lit en moi.
Je nomme ces chemins non comme on inscrit des certifications, mais parce qu'ils ont transformé ma façon de percevoir les corps, ce qui circule et ce qui stagne dans une vie humaine. J’ai été poussée vers cette voie avant de savoir comment l’arpenter.
Il y a plus d’une décennie, j’ai rencontré le chamanisme. Ce chemin ancien et sauvage qui nous relie à la terre, aux ancêtres, aux mondes cachés. J’ai appris à mieux voyager entre les voiles, à cueillir les enseignements qui dépassent nos yeux ordinaires. J’y ai compris la grande toile de l’interdépendance, des cycles qui se répètent, se transforment et se renouvellent pour accéder à des guérisons du corps et de l’âme.
Cette dimension infuse ma pratique du tatouage sans être systématique : je fais aussi des tatouages qui n'appellent pas le rituel, selon la nature de la rencontre et du projet. Mais quand elle est présente, voici ce que cela signifie concrètement : avant la séance, je voyage entre les mondes à la rencontre d’esprits subtils pour recevoir les motifs et préparer l'espace. Après le tatouage, un soin peut apparaître pour ancrer et activer ce qui a été posé dans la chair, pour que la marque reste vivante longtemps après la guérison. La marque redevient ce qu'elle a toujours été avant de devenir décoration : une médecine, un rite de passage ancestral, un geste qui accompagne les métamorphoses.
Je n'en parle pas sur les réseaux. Pas par pudeur, mais parce que certaines choses ne se transmettent qu'en présence.